Triptyque d’Italie

Michèle Finck
Professeur de littérature comparée (Université de Strasbourg), poète

1 – Éphéméride de Paestum

Paestum, Syrinx de pins, de bambous et d’écume.
Les bleus marins font la roue avec des cris de paons.
Les montagnes prennent le large à voiles silencieuses
Vers la côte amalfitaine amarrée à la brume.
Au loin Capri se consume, invisible sauf au soleil du soir.
(Mais si visible le souvenir de nos ailes fragiles
Au-dessus des vignes d’Anacapri vers Monte Solario).

Le filmeur de nuages lévite sur la plage.
La mer dicte et commente l’écriture quotidienne
Avec la rumeur sourde des vagues et des remous
Le vent arrache les pages d’angoisse et les déchire.
La mémoire souffle des bulles de savon vers le large.
Il y a en nous un dépôt de mort qu’il faut enterrer ici.

Poseidonia. Plus de deux mille cinq cent ans déjà
Que les temples tournoient au-dessus du crâne du temps.
Mais l’os maniaque creuse des trous avec une pelle d’enfant
Dans la poussière des têtes tombées des métopes de la peur.
Le chant du plongeur suspendu dans le vide entre vie
Et mort nous illumine un instant : ainsi la poésie.


Publié dans Balbuciendo, Editions Arfuyen , 2012, p .11, et reproduit ici avec l’aimable autorisation de l’auteure

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